Les rendez-vous Scénaristes en séries ont eu lieu du 18 au 21 octobre à Aix-les-Bains. Parrainées par Frédéric Diffenthal, cette deuxième édition a mis l’accent sur la force des identités.
“Il persiste aujourd’hui un déficit d’amour des professionnels de la télévision pour les séries télévisées”, constate Séverine Bosschem, créatrice et co-scénariste de Reporters, diffusée sur Canal +. Dans ces conditions, pas étonnant que la fiction française soit en crise ! Après quinze années de succès, même Julie Lescaut et ses confrères sont en perte de vitesse. La première réaction des chaînes de télévision a été de passer du format 90 minutes au format 52 minutes, puis de faire pression sur les scénaristes. Mais plus d’autoritarisme n’empêche-t-il pas la création ? Les commandes ont été passées et L’hôpital est né. Annoncée comme un Grey’s Anatomy à la française, la série a été une des catastrophes 2007 de la première chaîne. Mais copier les Etats-unis a toujours été le credo des français. Déjà Maguy en 1985, la célèbre série avec Rosy Varte diffusée sur Antenne 2, était un remake d’une sitcom américaine intitulée Maude. Mais pourquoi les bonnes idées naissent-elles d’abord dans l’esprit des Américains ?
Il faut peut-être analyser la question d’un autre angle. Certains scénaristes avouent avoir eu l’idée d’une série sur l’univers de la chirurgie esthétique ou des pompes funèbres avant que ne sortent aux Etats-unis Nip/Tuck et Six feet under. « Seulement en France, on attend d’abord de voir ce que font les Américains. On ne prend pas de risques. Les chaînes de télévision ne sont pas encore assez désespérées pour donner carte blanche aux auteurs », déclare Marie Guilmineau, scénariste de séries policières (Diane, femme flic; Boulevard du Palais…) et co-présidente du Club des auteurs. Connue pour son franc-parler, elle n’hésite pas à balancer : « une héroïne de TF1 ne trompe pas son mari!” Elle ajoute: Je suis d’accord avec Pierre Mondy (comédien; Cordier, juge et flic) quand il dit que nous faisons du divertissement policier. La chaîne veut des fictions familiales non segmentées. Son ancien cahier des charges ne fonctionne plus. Reste à en dégoter un nouveau, plus audacieux.”
De l’audace ! C’est ce que réclament en chœur producteurs, diffuseurs, réalisateurs et auteurs. Cependant, de nombreux scénaristes mettent en cause la frilosité de certains diffuseurs à s’engager dans des projets ambitieux. Pour l’ensemble du milieu, il est donc temps de s’asseoir ensemble et de réinventer la recette des séries fédératrices. Tel était l’objectif à Aix-les-Bains.
Takis Candilis, directeur de la fiction de TF1, accuse une triple crise. D’abord, de l’audience de la fiction française qui, toutes chaînes confondues, présente des pertes entre 25% et 30%. Deux autres raisons : la multiplication des chaînes (TNT) et l’obsolescence des décrets Tasca, qui
Venus en force, les auteurs ont pu faire entendre leur principale revendication : la direction artistique. Dans un esprit de cohérence, les scénaristes français demandent de pouvoir au minimum participer aux choix artistiques. On leur reproche alors leur ego débordant. Eux l’estiment légitime. Actuellement, les scénaristes sont coupés du processus de réalisation dès lors qu’il ont livré leur scénario. L’accès au tournage et au montage leur est interdit, le choix du réalisateur est réservé au diffuseur ou au producteur. « Dans ce contexte, c’est un peu comme le téléphone arabe, ce qu’on a dit au début, il n’en reste rien à la fin, il en sort toute autre chose », explique Séverine Bosschem. De plus, les scénaristes sont rarement conviés aux rendez-vous avec la presse et n’ont pas toujours accès aux résultats d’audience. L’équation est complexe, avec bien sûr des limites budgétaires qui ne facilitent rien.
A l’ouverture de ces rendez-vous aixois les nouvelles séries canadiennes ont surpris le public avec Les Bougon qui raconte les tribulations d’une famille d’affreux « RMIstes », voleurs et manipulateurs. La satire, loin du politiquement correct, a pourtant été diffusée sur une chaîne du service public. Radio-Canada, en perte d’audience, a tenté le tout pour le tout. Pour un résultat contre toute attente: 1,8 millions de téléspectateurs en moyenne dans une province qui en compte un peu moins de 8 millions. Rien n’empêche de faire de l’audience avec des séries décalées et des moyens financiers limités. “Tout est une histoire de cohérence dans la manière dont travaillent ensemble auteurs, producteurs, diffuseurs et réalisateurs”, explique Pierre-Yves Bernard, scénariste de la série canadienne Minuit, le soir. Cette cohérence était le point d’orgue du débat intitulé Frictions, fictions et solutions, qui aurait dû être, selon l’utopie des organisateurs, le débat où tout le monde joue cartes sur table. Mais la confrontation n’a pas eu lieu, faute de participants. Les représentants des chaînes de télévision manquaient à l’appel, avec en tête de liste, l’absence très remarquée de Takis Candilis. « Les scénaristes refusent d’être écartés. La multiplication du nombre d’épisodes par saison fait que les diffuseurs vont être obligés de déléguer les pouvoirs. Et le public sera à l’origine de cette révolution », affirme Eric Kristy, scénariste (Une femme d’honneur, Le proc’, Julie Lescaut, Franck Keller…). Il faut également laisser le temps à la série de s’installer. Le succès de Plus belle la vie ne s’est pas fait d’un seul coup, il a fallu près d’un an à la série pour séduire le public et devenir un rendez-vous incontournable.
A la fin des ces rencontres, s’esquisse un début de réponse dont les maîtres mots sont le talent, l’audace, et la cohérence.