Les oubliés de la diversité

17 02 2008

A l’aube des Jeux Olympiques de Pékin et d’une nouvelle ère pour la Chine, il était temps de faire connaissance avec cette communauté si loin de nous et en même temps si proche. Paris vit actuellement à l’heure du Nouvel an chinois et du rat, les cours de mandarin se multiplient à Paris, la pratique du tai-chi dans le jardin du Luxembourg est devenue tendance et le mahjong fait de nombreux addicts. Malgré tout, le mystère chinois demeure.

Discrets à l’extrême, les Asiatiques de France bénéficient d’un taux de représentativité dans les médias ou dans la vie politique quasi nul. Pourtant, le 13e arrondissement de Paris et ses Olympiades abrite le plus important Chinatown d’Europe. Ce qui laisse libre cours aux fantasmes les plus divers. Dernier en date, le pseudo rebondissement dans l’affaire Estelle Mouzin et l’affirmation que les murs d’un restaurant chinois de Brie-Comte-Robert (77) dissimulaient les ossements de la fillette disparue il y a cinq ans. Les informations livrées aux autorités par le journaliste indépendant Mohamed Sifaoui se trouvent être fausses. Ces révélations auraient été obtenues dans le cadre d’une enquête sur le milieu asiatique pour Le droit de savoir, diffusée le 27 novembre dernier sur TF1. Scandale, mafia, règlements de compte, billets de banques et drogue… Le reportage avait, à l’époque, provoqué un tollé au sein de la communauté asiatique de France. Un collectif de soixante associations a demandé un droit de réponse à ces propos jugés diffamatoires. Il est soutenu par Félix Wu. D’origine chinoise, il est candidat aux élections municipales de la mairie du 13e et souhaite ainsi balayer les clichés mafieux dont souffre sa communauté.

Voilà plus de trente ans que les premiers immigrés chinois sont arrivés et aucun n’a encore tenté une percée médiatique ou politique en France. Pourquoi ? Selon Mohamed Sifaoui, « la majorité des asiatiques n’a absolument rien à foutre de la communauté nationale (…) Ils sont là pour gagner de l’argent. » Des mots emprunts d’un arrière goût âpre qui ravivent le souvenir des premiers discours antisémites. Il est néanmoins certains que les Chinois sont doués pour les affaires.

Etrange paradoxe que l’image véhiculée de cette communauté ! Clichés positif d’une part : une minorité modèle, discrète et laborieuse, des personnes qui réussissent leurs études et ont des valeurs familiales fortes, dont on n’entend jamais parler aux actualités. Les problèmes des banlieues ne les concernent pas. Contrairement à d’autres communautés issues de l’immigration beaucoup plus agitées, les Chinois semblent sages et par conséquent intégrés. Mais d’un autre côté, ils restent invisibles et inaudibles. Ce sont les éternels oubliés de la République, exclus en 1998 de la France black, blanc, beur. Ce qui n’empêche pas la communauté de grandir. A Paris, les Chinois sont partout. Finis les clichés communautaristes ! Ils ne se limitent plus à Chinatown. On les retrouve dans d’autres quartiers et surtout dans de nouveaux secteurs économiques où on ne les attendait pas. Telle est leur force : reprendre les business abandonnés, comme les bars tabac. Un modèle économique à suivre ?

Quoiqu’il en soit, il faut dès à présent compter avec les Chinois. D’autant plus depuis qu’ils s’affranchissent des barrières culturelles et communiquent. Sur la scène du Jamel Comedy Show, Frédéric Chau s’amuse avec les idées reçues et ironise sur les difficultés de son intégration, l’occasion de découvrir la réalité de cette communauté. Apprendre à mieux connaître les autres cultures et apprendre le savoir vivre ensemble, s’enrichir de cette diversité et accepter une société métissée, c’est la seule attitude intelligente. La dynamique est d’ailleurs enclenchée, et cette fois, les Chinois n’envisagent pas d’être oubliés !





Frédéric Chau, l’humour contre les clichés

17 02 2008
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Parisien d’origine chinoise, Frédéric Chau officie au Jamel Comedy Club. Aux antipodes des clichés chinois, le jeune homme est extraverti et particulièrement loquace. Chau devant !

Le rendez-vous fut fixé au Vrai Paris, un café de la rue des abbesses (XVIIIème), son quartier depuis quelques temps. Frédéric Chau arrive décontracté et souriant. Son look frais et branché et sa tchatche confirment que le jeune comédien s’est affranchi des barrières communautaires des Chinois de Paris. “J’ai grandi dans le 93 en plein essor de la génération black, blanc, beur, j’étais la quatrième roue du carrosse”.

La commande passée, il raconte son arrivée à Paris. « On était quinze dans un F3, mon père enchaînait trois jobs, la barrière de la langue, l’école, rien n’était évident ». Mais les Chinois ont entre eux, une solidarité de fer. Ceux déjà installés s’occupent des démarches administratives pour les nouveaux arrivants. « Et puis on a déménagé dans le 93. J’étais un enfant bagarreur, je voulais être comme tout le monde, pas le « chintok » du quartier ». L’enfant terrible s’est assagi. Aujourd’hui, il avoue ressentir une forte attirance pour son pays d’origine.

Le serveur apporte nos cafés. L’occasion de changer de sujet et de savoir ce qu’il pense de sa communauté. Silence. Il semble peser ses mots. « Les Chinois sont des gens méfiants et résignés, ce qui m’exaspère. Au restaurant, si une personne parle trop fort, je lui demande de baisser d’un ton. Mon père subira sans broncher. C’est culturel. »

Egalement culturel : le sens de l’excellence. Reprenant dans ses sketchs les conseils paternels, Frédéric Chau confirme la véracité de ce fidèle cliché associé aux chinois : « Tu me fous la honte à faire le comédien. (…) Retourne à tes mathématiques ! » La réputation de la famille est très importante. « Les chinois ont un sens de l’honneur digne de tous les codes de la mafia », précise-t-il avec humour. « On a aussi un sens inouï des affaires. Quand la cuisine japonaise est devenue tendance, les chinois ont investi le business. Faîtes le test, au restaurant, demandez au serveur qui vous amène vos sushis comment se dit bon appétit en japonais… Il vous offrira le café pour éviter de répondre. »

Frédéric Chau aspire au septième art… Version Guillaume Canet plutôt que Jackie Chan, dont il souligne avec ironie, au Jamel Comedy Club, les dialogues monosyllabiques qui accompagnent les mouvements ralentis précédant l’attaque. Lucide, il sait que sa carrière sera difficile à lancer. « Mais ça change », dit-il, « la transition prendra du temps, c’est normal. En attendant, il m’arrive de me retrouver dans des situations aberrantes ». Et de m’expliquer comment à l’issue d’une série de casting pour un rôle de scientifique dans une série télévisée inspirée des Experts, la responsable des programmes de France 2 l’a refusé, car « un asiatique, c’est futuriste et la France n’est pas prête ». No comment.