“Les religions meurtrières”, Elie Barnavi, collection Café Voltaire, Flammarion, novembre 2006, 140 pages.
“Quelle est la différence entre Abdallah d’Arabie Saoudite et son sujet rebelle Oussama Ben Laden?” La question est ainsi posée. L’auteur, Elie Barnavi, s’interroge. Est-ce le fondamentalisme? faux, “ils le sont tous autant”, dit-il. Est-ce l’intégrisme? faux également. “Le régime n’est pas plus évolutif dans son interprétation de la tradition religieuse que les hommes d’al-Quaïda”.
Aujourd’hui, exceptions faites de l’Irlande du Nord et du Sri Lanka, tous les conflits où la religion joue un rôle dans le monde, impliquent des musulmans. C’est ce que nous apprend l’auteur et c’est pour cette raison, ainsi que par méconnaissance, que l’islam fait si peur. Ce n’est pas un ouvrage d’histoire des religions que nous livre l’auteur, mais plutôt un essai, ou un pamphlet politique. Neuf thèses pour y voir plus clair et comprendre “comment la foi peut faire de certains des assassins”.
Elie Barnavi est professeur d’histoire de l’Occident moderne à l’université de Tel-Aviv et a été ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002. Il s’adresse directement à ses lecteurs dans un langage sans fioriture ni terme technique. Il expose des faits, développe des théories et les argumente à l’aide d’exemples concrets très parlant.
Premières thèses, retenir que “le fondamentalisme est une lecture particulière de la religion”, et plus précisément “le fondamentalisme révolutionnaire est une lecture totalitaire de la religion”. Ces fondamentalistes cherchent, par tous les moyens, à imposer leurs convictions, au mépris de la vie de ceux qui ne les partagent pas. Ils sont, ou ont été présents, dans les trois grandes religions monothéistes (ce qui constitue les thèses 6, 7 et 8).
Le fondamentalisme révolutionnaire juif est une réalité contemporaine. Il a existé lorsque l’Etat d’Israël a existé et est à l’origine de l’assassinat d’Yitzhak Rabin.
Le fondamentalisme révolutionnaire chrétien, quant à lui, n’a plus fait parlé de lui depuis l’époque d’Henri de Navarre et de la question de la loi salique sur la succession des rois de France.
Ce n’est que dans la huitième thèse qu’Elie Barnavi aborde l’islamisme, “la forme la plus nocive du fondamentalisme révolutionnaire”. Il en expose les origines : le mouvement des Frères musulmans créé en 1928, qui s’est incroyablement développé depuis. Cette explosion de l’islamisme s’est faite, notamment grâce à, ou plutôt à cause de l’oeuvre de Sayyid Qotb, The American I saw. Spécialiste de littérature américaine, il décrit les États-Unis comme une nation “décadente et corrompue”.
Mais c’est surtout depuis les années soixante-dix que le pouvoir musulman se voit forcé de composer avec les fanatiques, les fous de Dieu comme on les appelle. La génération al-Quaïda, née avec les attentats du 11 septembre, ambitionne un califat mondial; et pour ce faire, il “fédère dans une structure lâche, des groupuscules qui se réclament d’elle, mais qui agissent de manière parfaitement autonome”. Parmi les effets pervers de la mondialisation, on peut citer les moyens de communication énormes mis au service d’une idéologie “brute et primitive”. Quoi de mieux pour provoquer des attentats aux quatre coins du monde?
Et pour ceux qui n’ont pas encore compris la réalité du danger, l’auteur nous livre quelques données chiffrées qui provoquent la chair de poule. Ainsi, selon les services secrets de Sa Majesté, quelques 3000 britanniques, nés et éduqués en Angleterre, sont un jour passés par les camps d’entraînement d’al-Quaïda.
Reste la dernière thèse, qui tente d’apporter des réponses aux problèmes d’intégration et au phénomène de ghettoïsation en Europe. Ces ghettos sont, selon l’auteur, le résultat de politiques d’intégration erronées, qu’il s’agisse du modèle républicain français ou du modèle communautaire britannique. Quelles sont donc les solutions qui existent pour éviter “un affrontement entre fascistes islamistes et fascistes tout court”?
“En guise de conclusion”, Elie Barnavi propose “sa” solution: ressusciter la religion civile, mélange des Droits de l’homme, de l’histoire, de la nation souveraine, de la Constitution et de la république. Et surtout, empêcher le “dialogue des civilisations”, stérile car, il l’explique, les Écritures sont de véritables “auberges espagnoles”, particulièrement le Coran, qui dit ce qu’on veut bien lui faire dire. Et de conclure par “Adieu”.