Une ambiance de coupe du monde de football hier soir dans les foyers français. Un débat qui n’a pas eu lieu depuis 12 ans. Deux candidats très différents, deux conceptions du pouvoir opposées, deux projets qui s’affrontent. Le match s’annonçait très serré. Après avoir répondu à Patrick Poivre d’Arvor, co-présentateur avec Arlette Chabot, être “très heureuse d’être ici”, Ségolène Royal choisit l’offensive et fait le bilan chiffré du gouvernement sortant.
“Plus de 20 000 euros par Français” de dette publique, “deux millions et demi de travailleurs pauvres en France”, “deux millions et demi de Français vivent en dessous du seuil de pauvreté, parmi eux deux millions d’enfants”, “le niveau moyen des retraites des femmes est de 850 euros pour une carrière complète et de 622 euros pour une carrière incomplète”, un “déficit de la Sécurité sociale qui s’élève à 11 milliards d’euros”, un “chômage qui touche près de trois millions de personnes”, les “agressions ont augmenté depuis 2002 de plus 30% de violences physiques gratuites contre les personnes”. La candidate socialiste a alors demandé à Nicolas Sarkozy de rendre des comptes sur ce triste bilan. Un coup de bâton de Ségolène Royal transformé en perche saisie par le candidat UMP, qui reconnait sa part de responsabilité dans ce bilan mais dit surtout avoir récupéré en 2002 une France en grande difficulté. Pour preuve, il rappelle qu’à l’époque les Français n’avaient pas cru que Lionel Jospin pouvait résoudre leurs problèmes et l’avaient écarté du second tour des présidentielles.
Sur les 35 heures, la candidate du PS préconise “la négociation entre partenaires sociaux branche par branche”. Elle promet qu’il n’y aurait pas à l’avenir, si elle est élue, de généralisation de la réduction du temps de travail “si les partenaires sociaux ne se mettent pas d’accord”. Nicolas Sarkozy explique ensuite qu’il souhaite “donner la liberté de choisir aux salariés” mais “on garde les 35 heures pour une durée hebdomadaire du travail”. “Pourquoi n’avez-vous pas supprimé les 35 heures?”, demande alors Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy. “Parce que vous savez que c’est un progrès social important”, a-t-elle conclu.
D’autres thèmes ont été discutés. Parmi les actions annoncées, Nicolas Sarkozy souhaite garantir les lois Fillon. Ce sujet sensible des retraites crée une tension entre les deux candidats, Ségolène Royal, déclarant vouloir “mettre à plat” les lois Fillon et prendre en compte la pénibilité du travail. Nicolas Sarkozy en profite pour pointer du doigt les nombreuses “discussions” et “renégociations” que propose sa concurrente pour chaque sujet abordé, sans apporter de solutions précises.
Concernant le logement, le candidat de l’UMP souhaite “faire de la France un pays de propriétaires” et au niveau de la santé, il lui tient à coeur d’engager “un plan contre l’Alzeimer pour en trouver l’origine, comme on a fait un plan cancer”.
Peu de mesquineries, juste quelques petites phrases assassines. Nicolas Sarkozy commence alors qu’ils débattent du travail: “Soyez plus clair, on n’y comprend rien”. Plus tard, Ségolène Royal corrige, telle une maîtresse d’école, le candidat UMP sur le nucléaire: “vous venez d’énoncer une série d’erreurs, il faudra que vous révisiez un peu votre sujet”. Sur le thème de l’éducation, Nicolas Sarkozy n’apprécie guère le rictus de son adversaire: “Vous n’avez pas besoin d’être méprisante pour être brillante”. L’éducation est cher à la candidate socialiste. Elle s’emporte donc sur ce sujet. A cet instant, Nicolas Sarkozy jubile. Lui-même, réputé nerveux et agressif, dont on attendait qu’il sorte de ses gonds, se retrouve, par l’ironie du sort, à calmer Ségolène Royal, incontestablement en colère. Il devient dès lors très serein et n’hésite pas à rappeler de temps en temps que “Madame Royal” ne se maîtrise pas.
Bien qu’admettant l’un comme l’autre, leurs points de convergence, il demeure la plupart du temps en désaccord sur nombre de sujets, dont l’Europe. A ce propos, Ségolène Royal explique: “Je veux à nouveau consulter les Français par référendum, pour relancer l’Europe de l’investissement, de la recherche”. Quant à Nicolas Sarkozy, il se montre définitif. “Les Français ont voté non à la Constitution, nous n’y reviendrons pas”, a-t-il précisé. “Si je suis Président de la République, je m’opposerai à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne”.
Enfin, quand le candidat de l’UMP dit respecter le talent et “le parcours qu’a été celui de Madame Royal”, celle-ci préfère s’abstenir de “sentiments personnalisés”. Selon leurs conclusions respectives, il s’agit désormais pour les Français de choisir entre l’action, “je veux passionnément agir” déclare Nicolas Sarkozy, et “l’audace” incarnée par Ségolène Royal, qui se présente en tant que femme et “mère de famille de quatre enfants”.
Deux heures quarante de sourires affichés, de courtoisie forcée, de pugnacité ou de “zenitude”. Au final, pas de perdants, mais à la place, deux gagnants. La gauche se réjouira de l’attitude combative de leur candidate et la droite sera rassurée, Nicolas Sarkozy a fait preuve de sang froid, certains suspicieux diront même qu’il a été un peu trop calme.